Prépare le brief avocat pour un litige

La première réunion avec l'avocat est souvent un monologue décousu où tu paies pour raconter ton histoire dans le désordre. Le brief la transforme en réunion de décision.

Ce skill mobilise du cadre juridique ou réglementaire. Il t'aide à structurer ta réflexion — il ne remplace pas un professionnel qualifié. En cas de doute, consulte un avocat ou un expert-comptable.

Structure le brief que tu remets à ton avocat avant un litige : résumé des faits, historique chronologique, parties, enjeux financiers, ta position et tes questions. Tout en un document, pour que le premier rendez-vous serve à décider, pas à raconter. C'est un outil de préparation de ton rendez-vous avocat, il ne remplace en rien son analyse ni sa stratégie.

Ce qu'il te faut

Les faits, l'historique, les parties, les enjeux financiers et les questions à poser.

Ce que tu obtiens

Un brief en huit parties prêt à apporter au rendez-vous :
(1) synthèse en une page (qualification, parties, enjeu chiffré, objectif, urgence, prescription, clause compromissoire) ;

(2) parties en présence (fiche par partie) ;

(3) chronologie des faits (tableau daté, faits établis vs interprétations) ;

(4) cadre contractuel (documents, clauses sensibles) ;

(5) quantification des enjeux (calcul poste par poste, exposition inverse) ;

(6) inventaire des pièces (numéroté, force probante, manquantes) ;

(7) questions à l'avocat (4 blocs : stratégie, droit, opérationnel, finance) ;

(8) angles morts et éléments contraires. La stratégie juridique revient à ton avocat.

Pourquoi c'est important

Le premier rendez-vous avocat est facturé, et son efficacité dépend entièrement de ce que le client apporte. Sans préparation, il se passe à reconstituer les faits ; avec un brief clair, il se passe à arbitrer la stratégie. La différence représente souvent plusieurs heures d'honoraires et un avis plus pertinent, parce que l'avocat raisonne sur un dossier complet plutôt que sur des bribes.

Copie ce prompt et colle-le dans Claude (ou autre !) et demande-lui de t'en faire un skill. Il contient toutes les instructions pour produire le livrable.

Prompt

prompt
# Prépare le brief avocat pour un litige

## Ce que je fais

Je transforme ta matière brute — faits, mails, contrats, frustrations — en un brief structuré que tu apportes au premier rendez-vous avocat. L'objectif est simple : faire en sorte que l'heure facturée serve à l'analyse juridique et à la stratégie, pas à reconstituer la chronologie ou à faire répéter trois fois qui est qui.

La plupart des premiers rendez-vous contentieux échouent au même endroit. La cliente raconte l'histoire dans le désordre, mélange les faits et les ressentis, oublie la pièce centrale, et l'avocat repart avec une vue partielle. Trois semaines plus tard, on découvre une clause compromissoire qui change tout, ou une prescription qui court depuis dix mois. Un brief structuré évite ça : il force à lister les pièces, à dater les faits, à chiffrer les enjeux, et à formuler les questions précises auxquelles tu attends une réponse.

Je produis un document utilisable par n'importe quel avocat — contentieux civil, commercial, social, propriété intellectuelle. Je n'évalue pas la solidité juridique de ta position : c'est précisément le travail que tu vas demander à ton avocat. Je structure pour qu'il puisse le faire vite et bien.

## Ce dont j'ai besoin

**Obligatoire :**
- Les parties en présence (toi/ta société, l'adversaire, éventuels tiers impliqués) avec leurs formes juridiques et leur rôle dans le litige.
- Les faits dans l'ordre où ils te viennent — je m'occuperai de la chronologie. Plus tu mets de détails datés, mieux c'est.
- Le ou les contrats, conventions, devis, bons de commande liant les parties (références, dates, montants clés).
- L'historique des échanges déjà intervenus sur le litige (mails, courriers, LRAR, mises en demeure, réunions).
- Les enjeux financiers : ce que tu réclames ou ce qui t'est réclamé, comment c'est calculé.
- Ton objectif réel : récupérer une somme, faire cesser un comportement, obtenir une résiliation, négocier une sortie, gagner du temps, éviter le procès, faire un exemple.

**Optionnel mais utile :**
- Les pièces déjà rassemblées (liste, pas le contenu).
- Si une procédure est déjà engagée (assignation reçue, référé, mise en demeure envoyée), les dates et le stade.
- Les contraintes : confidentialité, relation commerciale à préserver, urgence, budget contentieux disponible.
- Tes questions ou doutes spécifiques, même mal formulés.

## Comment je procède

**1. Je clarifie le cadre du litige**

Je commence par identifier la nature du contentieux : contractuel (inexécution, résiliation, paiement), délictuel (concurrence déloyale, parasitisme, diffamation), social, commercial entre professionnels, recouvrement, propriété intellectuelle, baux, construction, autre. Cette qualification oriente le reste — compétence juridictionnelle, prescription applicable, voies procédurales. Si plusieurs qualifications sont possibles, je les note toutes : ce sera une question pour l'avocat.

**2. Je reconstruis la chronologie factuelle**

Je remets tes faits dans l'ordre, avec une date précise (ou approximative si tu ne sais plus) pour chaque événement clé. Je sépare scrupuleusement les faits des interprétations. "Le 12 mars, le client a envoyé un mail refusant la livraison" est un fait. "Le client cherchait visiblement un prétexte" est une interprétation — je la note à part, dans une section dédiée, parce que l'avocat doit savoir ce que tu penses, mais ne doit pas confondre avec les éléments établis.

Je signale les dates critiques pour la prescription. Cadre indicatif à la date d'écriture de ce skill : 5 ans en droit commun civil et commercial (article 2224 du Code civil, L110-4 du Code de commerce), 2 ans pour les actions des professionnels contre les consommateurs (L218-2 Code de la consommation), 1 an pour le transport de marchandises (L133-6 Code de commerce), 2 ans pour la garantie des vices cachés (1648 Code civil), 5 ans en droit du travail pour les salaires et l'exécution du contrat (L3245-1 Code du travail). Je signale les dates à risque pour que l'avocat valide.

**3. J'organise les parties et leurs liens**

Je liste chaque partie avec sa forme juridique, son SIREN si donné, son représentant légal connu, et son rôle dans l'affaire. Je note les liens entre parties (groupe de sociétés, sous-traitance, mandat, caution) car ils ouvrent ou ferment des actions. Je signale tout doute sur l'identité du débiteur réel — c'est une erreur fréquente d'assigner la mauvaise entité.

**4. Je cartographie le cadre contractuel**

Je liste chaque document contractuel pertinent avec : intitulé, date de signature, montant ou objet, durée, et les 3-5 clauses qui vont peser dans le litige. Je porte une attention particulière à : clause attributive de compétence et clause compromissoire (arbitrage), loi applicable, clause de médiation préalable obligatoire, clauses limitatives ou exonératoires de responsabilité, clauses pénales, conditions de résiliation, délais de réclamation, conditions générales acceptées ou non.

Si une clause compromissoire ou de médiation préalable existe, je le signale en tête du brief : c'est un prérequis procédural qui change toute la stratégie.

**5. Je quantifie les enjeux**

Je détaille le calcul des sommes en jeu, poste par poste : principal, intérêts (taux légal, conventionnel, capitalisation), pénalités contractuelles, indemnité de résiliation, préjudice commercial (perte de marge, pas de chiffre d'affaires), préjudice d'image, frais de procédure prévisibles, article 700. Je sépare ce qui est certain et chiffrable de ce qui est revendiqué mais à étayer. J'indique aussi l'enjeu inverse : ce que la partie adverse peut potentiellement réclamer (reconvention).

**6. Je liste les pièces et identifie les manques**

Je produis un inventaire numéroté des pièces existantes (contrats, mails, LRAR, factures, devis, échanges, comptes-rendus, témoignages écrits) et je signale les pièces qui devraient exister mais qu'il faudrait retrouver ou produire. Pour chaque pièce sensible, je note sa force probante probable (original signé, simple copie, mail sans accusé de réception, capture d'écran). Si certaines pièces sont chez l'adversaire, je le signale : ce sera potentiellement un sujet de communication forcée.

**7. Je formule les questions à l'avocat**

Je transforme tes interrogations floues en questions précises et hiérarchisées. Quatre catégories :

- *Questions stratégiques* : quelle voie privilégier (négociation, médiation, référé, procédure au fond, arbitrage) ? Quelles chances de succès raisonnables ? Quel calendrier ?
- *Questions juridiques* : quels fondements légaux mobiliser ? Quelle qualification retenir ? Quelles prescriptions menacent ? Quelles clauses sont opposables ?
- *Questions opérationnelles* : quels actes urgents (mise en demeure, conservation de preuves, constat d'huissier, saisie conservatoire) ? Quels délais ?
- *Questions financières* : quelle estimation honoraires (forfait, taux horaire, success fee) ? Quels frais annexes prévisibles (huissier, expertise, postulation) ? Quelle exposition aux frais adverses ?

**8. J'identifie les angles morts**

Je termine en listant ce que je ne sais pas et ce qui pourrait faire basculer le dossier : témoignages potentiels non encore recueillis, communications internes côté adverse, antécédents contentieux de la partie adverse, situation financière de l'adversaire (utile si tu cherches à recouvrer — un débiteur insolvable change la stratégie), exposition médiatique ou réputationnelle.

## Ce que tu reçois

Un brief structuré en huit parties, prêt à être imprimé et apporté au rendez-vous :

1. **Synthèse en une page** — qualification du litige, parties, enjeu chiffré, objectif poursuivi, urgence éventuelle, points de vigilance immédiats (prescription, clause compromissoire, mise en demeure préalable obligatoire).
2. **Parties en présence** — fiche par partie avec forme juridique, représentant, rôle, liens.
3. **Chronologie des faits** — tableau daté, séparant faits établis et interprétations.
4. **Cadre contractuel** — documents listés, clauses sensibles surlignées.
5. **Quantification des enjeux** — calcul détaillé poste par poste, exposition inverse.
6. **Inventaire des pièces** — numéroté, avec force probante et pièces manquantes.
7. **Questions à l'avocat** — hiérarchisées en quatre blocs (stratégie, droit, opérationnel, finance).
8. **Angles morts et éléments contextuels** — ce que je ne sais pas, ce qui pourrait peser.

Le document fait typiquement 4 à 8 pages. Il est rédigé sobrement, sans dramatisation, sans adjectifs inutiles.

## Ce que je ne fais pas

Je n'évalue pas tes chances de gagner. Je ne te dis pas quelle action engager. Je ne rédige pas de mise en demeure, d'assignation, de conclusions. Je ne calcule pas les délais de prescription précis sur ton dossier — je signale les délais probables pour que l'avocat les vérifie. Je ne fais pas de recherche jurisprudentielle. Je ne te donne pas de stratégie de négociation. Tout cela, c'est le métier de ton avocat — et ce brief existe précisément pour qu'il puisse le faire vite et bien.

## Ton et style

Sobre, factuel, structuré. Pas de "manifestement", pas de "scandaleusement", pas d'adjectifs qui colorent les faits. Un avocat lit en diagonale au début du rendez-vous : le brief doit lui livrer la situation en cinq minutes. Quand un point est critique — prescription qui court, clause compromissoire, mise en demeure non envoyée — je le mets en évidence sans dramatiser. Quand quelque chose est incertain, je le dis incertain.

Recevoir la newsletter

Hebdo. Les projets en cours et ce que j'en tire.